Bonjour,
Je reviens sur un point qui me chagrine.
En effet, Didier nous affirme que Jules Ferry peut dormir tranquille.
En effet, précise-t-il "Car la formation des adultes, des ouvrières et des ouvriers, afin qu'ils s'instruisent pour mieux maîtriser leur vie, leur destin et celui de leurs enfants est une idée et un combat de Pierre-Joseph PROUDHON."
J'avais une connaissance suffisamment précise de Proudhon pour être étonné d'une telle affirmation. Cependant, je voulais en être certain.
Et ce que j'ai lu me confirme dans mes certitudes :
1) Jean-Paul Cipria avait parfaitement raison d'appeler les mânes de Jules Ferry à se taire car "En raison des enjeux politiques, économiques, sociaux, idéologiques et culturels posés par l’enseignement en France, l’histoire du système éducatif français est marquée par des évolutions lentes et quelques changements plus nets, à l’occasion de réformes marquantes.
La plus importante est sans doute celle des lois Jules Ferry, qui affirment l’obligation de l’instruction, la gratuité et la laïcité de l’enseignement public. L'instruction peut toutefois être donnée dans une école publique, dans une école privée sous contrat, ou privée hors contrat ou encore en famille." Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Système_éducatif_français
2) Sur la sociologie de l'Education, Proudhon n'apparaît nullement dans les précurseurs : Cf. http://www.scienceshumaines.com/la-sociologie-de-l-education-en-france_fr_5010.html
qui cite : Emile Durkheim " Bien qu'il n'ait pas publié sur ce sujet de son vivant, il a donné de nombreux cours de sociologie de l'éducation à la Sorbonne, où il a occupé à partir de 1906 une chaire de sciences de l'éducation.
Ses leçons ont été réunies, avec d'autres textes, dans trois publications posthumes : Education et Sociologie (1922), L'Education morale (1925) et L'Evolution pédagogique en France (1938)."
Mais "Ce sont surtout Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron qui ont fait de la sociologie de l'éducation une préoccupation importante de la sociologie contemporaine en publiant Les Héritiers (1964) et La Reproduction (1970)."
3) Sur Proudhon :
Il est connu pour ses célèbres tirades permettant de reconnaitre ses domaines de prédilection :
a) "La propriété c'est le vol" - "La publication de "Qu'est-ce que la propriété ? "attire l’attention des autorités françaises mais aussi de Karl Marx qui entame une correspondance avec Proudhon. Les deux hommes s’influencent mutuellement ; ils se rencontrent à Paris où Marx est en exil. Leur amitié s’achève quand, en réponse à "La Philosophie de la misère" de Proudhon, Marx écrit "La Misère de la philosophie". Au sein de l’Association internationale des travailleurs (première Internationale), il y eut une scission entre les anarchistes de Bakounine et ceux de Proudhon. Les mutualistes proudhoniens pensaient que la propriété collective était indésirable et que la révolution sociale pouvait être atteinte pacifiquement.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Proudhon
b) L'anarchie c'est l'ordre sans le pouvoir" - "Dans son livre Les Confessions d’un révolutionnaire pour servir à l’histoire de la Révolution de Février, Proudhon écrit entre autres choses la fameuse phrase « l’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir ». Il tenta de créer une banque nationale qui donne des prêts sans intérêts, similaire d’une certaine façon aux mutuelles d’aujourd'hui.
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Proudhon
c) Proudhon est le premier théoricien connu à se désigner lui-même comme un « anarchiste ». Il écrit dans "Du Principe fédératif" que « la notion d' "anarchie", en politique, est tout aussi rationnelle et positive qu'aucune autre .» Proudhon défendait la liberté individuelle contre toute force dominante : l'Église, la religion et toute espèce de dictature, l'individu ne doit jamais être sacrifié à l'intérêt général ou à la justice sociale.
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Proudhon
Il n'a écrit qu'accessoirement sur la matière (mais on aurait pu imaginer comme Durkheim qu'il ait malgré tout influencé la matière par son action ce qui n'est pas le cas), et n'est, malgré tout, pas réputé sur la matière.
Eventuellement, cette phrase "Albert Thierry est d'accord avec Proudhon sur ce thème général : « Conduire l’homme par la tête et avec la main à la philosophie du travail qui est le triomphe de la liberté »." mais c'est un peu juste.
Source : http://www.pelloutier.net/dossiers/dossiers.php?id_dossier=54
Cependant qu'il a été amené à traiter cette matière accessoirement
"« Malheureusement je ne suis, il s'en faut, ni un Jacotot, ni un Rousseau, ni rien qui y ressemble », écrivait-il vers la fin de sa vie, et il affirmait que « le moindre de nos instituteurs de village » en savait, en matière d'éducation, plus que lui (Correspondance, XIV, 90, 91). En réalité, et en dépit de cette modestie qui ne lui est pas habituelle, il s'est préoccupé à bien des reprises de l'instruction populaire. Il n'en pouvait être autrement. Il voulait réaliser entre les hommes l'égalité économique, ou, comme il dit dans ses premiers Mémoires, « l'égalité des appointements ». Mais, d'autre part, il repoussait avec horreur le communisme et prétendait proportionner le salaire de chaque travailleur à ton produit. Pour concilier ces prétentions contradictoires, il lui fallait bien admettre que tous les travailleurs peuvent, s'ils font l'effort nécessaire, parvenir à une habileté semblable, à un égal talent. Bref, pour arriver à « l'égalité des salaires », il lui fallait considérer comme possible « l'égalité des capacités ». Et telle est en effet sa thèse. D'abord, affirme-t-il, toutes les capacités peuvent être dites « équivalentes » pour cette raison que toutes les fonctions sont également nécessaires à la vie de cet être collectif qu'est la société ; l'équivalence des capacités résulte du principe de l'équivalence des fonctions, qui lui-même se déduit de la loi de la division du travail. Mais il y a plus : c'est bien à l'égalité des capacités que Proudhon veut aboutir, et il croit cette égalité possible, parce que toutes les fonctions, tous les métiers, même ces métiers manuels qu'on a si longtemps dédaignés, ou plutôt ces métiers manuels surtout, lui paraissent pouvoir servir de base à une haute culture de l'esprit, au développement intégral de l'intelligence humaine. Et c'est là qu'est l'idée originale, l'idée féconde qui conduit Proudhon à formuler toute une philosophie singulièrement profonde du travail manuel et de l'enseignement professionnel."
Source : http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=3462
"Ailleurs (Idée générale de la Révolution, x, 289 et suiv. ; Capacité politique des classes ouvrières, 3e partie, ch. VII), Proudhon a indiqué plus sommairement les mêmes idées en insistant sur certains détails d'organisation pratique qui ne sont pas sans intérêt. L'union de l'école et de l'atelier, qui astreindra l'enfant, « à partir de la neuvième année, à un travail utile et productif », permettra d'instruire tous les enfants de sept à dix-huit ans, sans accabler le budget de l'Etat. Au surplus, l'enseignement reste libre, « l'Etat n'intervenant qu'à titre d'auxiliaire, là où la famille et la commune ne sauraient suffire » ; c'est aux pères de famille, et plus particulièrement aux associations ouvrières, qu'incombe la tâche de contrôler l'enseignement (Capacité politique, etc., pages 287 et suiv., et Idée générale de la Révolution, pages 289 et suiv.). Ajoutons enfin que Proudhon indique sommairement (Idée générale de la Révolution, pages 289 et suiv.) que l'enseignement « dit supérieur », « résultante spontanée et foyer naturel de l'enseignement primaire », pourrait être organisé démocratiquement par l'ensemble des instituteurs élisant eux-mêmes leurs maîtres. Et il y a là sans doute plus d'une vue contestable ; mais l'ensemble cadre singulièrement avec le mouvement d'idées qui résulte des progrès récents de la démocratie ouvrière.
Source : ibid. http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=3462
En m'excusant de cette longue disgression.
Courtoisement
Jean-Pierre GAUTIER